
Les Pionniers du Westermarck Guilde RP dans le monde Hyborien de Conan le Barbare imaginé par Robert E. Howard |
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| | Thorghan, fils de la nuit éternelle | |
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Thorghon Pionnier

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Feuille de personnage Classe: Templier Noir Ethnie: Cimmérien Sexe: Masculin
 | Sujet: Thorghan, fils de la nuit éternelle Jeu 3 Avr - 12:55 | |
| Première Partie : Thorghan, fils de la nuit éternelle

Prélude Ô voyageur imprudent qui traverse les plaines glacées, arrête-toi et rebrousse chemin ! Si tu traverse les monts couverts de neiges éternelles qui se dressent devant toi, de l’autre côté, tu n’y trouveras que ta fin. Car au-delà s’étend un pays d’où l’on ne revient jamais. Là-bas, tout n’est que solitude et désolation, car le souffle du dieu Odar qui balaye ses terres est fatal à tout ce qui vit. Sur ces territoires, ne s’aventurent que les plus puissants ou les plus désespérés, car ils sont réputés de garder jalousement leurs secrets. Ici, voyageur imprudent, s’arrête tout espoir. Seule la mort glacée s’étend devant toi. Ici, l’emprise du froid ne connait aucune pitié, et elle s’emparera de ta chair, la transformera impitoyablement en une statue gelée, et si ton karma est trop chargé de péchés et de remords pour s’élever vers le Valhalla, ton âme en peine continuera à errer à travers ces plaines désolées, tel un spectre, jusqu’a la fin des temps. Ici, tout n’est que blancheur. L’univers entier est blanc, comme le froid. Blanc, comme la solitude. Blanc, comme la fin. Blanc, comme la mort. Ce pays, je suis l’un des rares qui le parcourent a leur guise, car il m’a vu naître et m’a adopté, au point que je ne fais qu’un avec lui. Ce n’est pas pour moi que la nuit étend son linceul blanc sur les plaines enneigées, ce n’est pas pour moi que le vent glacial chante son lugubre requiem, ce n’est pas pour moi que pleurent les montagnes, lorsque les calottes blanches donnent naissance aux ruisseaux à l’arrivée du printemps. Mais c’est pour moi que les pics de glace brillent de mille feux lorsque de rares rayons de soleil les illuminent, c’est pour moi que chantent les rivières lorsqu’elles reprennent vie après les rigueurs de l’hiver, c’est pour moi que scintillent les aurores boréales qui s’étendent a travers le ciel nocturne. Je suis pareil aux paysages qui m’ont vus naître. Fier, froid et mortel. Le sang qui coule dans mes veines est aussi glacé que les torrents qui dévalent les glaciers, et ma main est aussi impitoyable que l’emprise paralysante du froid hivernal. A tout jamais, je porte l’empreinte laissée sur moi, et en moi, par mon pays natal, et je la ressens aussi bien dans mon âme que dans ma chair. Pourquoi me regardez-vous, blocs de pierre et de glace, je suis semblable a vous, je pourrais rester là, figé, immobile, devenant votre égal, pendant des siècles, regardant passer les saisons et écoutant les lamentations des loups et la grave plainte des tempêtes de givre. Alors, qu’est-ce qui me pousse à vous quitter, territoires couverts de neiges éternelles ? Quelle est cette irrésistible force qui me pousse vers le sud ? Serait-ce l’appel du pale soleil qui brille a l’horizon, essayant de percer l’épaisse couche de nuages sombres ? Est-ce lui qui m’appelle d’une manière irrésistible ? Est-ce lui qui guide mes pas, alors que je tourne le dos au pays qui a fait de moi ce que je suis, mi-homme, mi-spectre ? Ainsi, après ces années passées à garder tes secrets, ô Borea, me voilà qui me libère de ton emprise pour me lancer vers de nouvelles aventures, visiter des pays au climat plus clément, mais il y aura une chose qui ne changera jamais. Je porterai toujours, ou que j’aille, l’emprunte d’un monde sombre figé dans la glace, ainsi que le souvenir de nuits interminables, tellement longues qu’elles pourraient durer une éternité. _________________ 
Dernière édition par Thorghan le Lun 28 Avr - 21:15, édité 3 fois |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Ven 4 Avr - 0:34 | |
| Chapitre I Je suis né la nuit du 1262. Non, vous ne comprenez pas. Pas une nuit, mais LA nuit. L’obscurité et le froid, voilà les deux premières perceptions qui sont associées dans mon souvenir à l’enfance. Loin, très loin vers le nord, dans des territoires situés entre Asgard et Hyperborea, s’étend un pays inhospitalier, au climat non seulement rude, mais mortel. Là-bas, la terre ne connait jamais la caresse des rayons du soleil, car enterrée sous une épaisse couche de glace éternelle. Cependant, dans cet univers si peu propice a la vie, oublié des hommes, mais pas des dieux, se situe une vallée perdue entre les montagnes et les glaciers réputés infranchissables. Cette vallée constitue un petit ilot de vie dans un univers de mort, car réchauffée par le souffle de dieux souterrains. Une tribu de cimmériens ayant fui leur terre natale habite, ou plutôt survit dans cette vallée depuis un grand nombre de générations. Cette tribu, qui s’est donnée le nom de Volundar, était la mienne. D’après la légende, ce souffle qui rendait la vie possible dans la vallée était produit par la forge du dieu Volundr, exilé dans les entrailles de la terre pour battre les armes et armures pour les autres dieux. Ce souffle remontait à la surface par le cratère d’un ancien volcan et réchauffait la vallée à laquelle on a donc donné le nom du dieu forgeron. Etant enfant, je passais les longues heures nocturnes à écouter le pouls des montagnes, comme on surnommait ce souffle, imaginant le colosse Volundr en train de frapper une gigantesque lame avec un marteau aux proportions tout aussi impressionnantes… Lorsqu’on collait son oreille a une paroi rocheuse, on pouvait, avec un peu d’imagination, entendre le dieu forgeron au travail, entendre les coups qu’il portait avec une telle puissance qu’ils faisaient vibrer la montagne. Durant l’automne, les apparitions du soleil devenaient de plus en plus brèves, jusqu'à ce qu’il ne fasse qu’effleurer l’horizon. Alors, les prêtres organisaient une grande cérémonie, suppliant le soleil de revenir l’année prochaine. C’était le moment de dire adieu à l’astre diurne, pour plusieurs lunes. Dire au-revoir au peu de chaleur et de lumière qu’il apportait, et de se préparer aux longs mois sombres de l’hiver. La vallée, maintenant plongée dans le froid glacial et l’obscurité, devenait inhabitable, et la tribu abandonnait les maisons en surface pour se réfugier dans les grottes qui entouraient le cratère du volcan. A l’intérieur de ces grottes, on continuait à vivre, tant bien que mal, cultivant les champignons, essayant de maintenir le bétail en vie jusqu’au retour du soleil, s’entrainant au combat, car le danger était omniprésent, ou bien écoutant les anciens conter des histoires et des légendes, sur les dieux, les héros et sur le passé des Volundars. Les mois interminables passaient, alors que je grandissais dans les souterrains, à la lumière des torches et sous le regard indifférent des idoles de pierre que la tribu avait dressé afin de dissuader les créatures hostiles qui habitaient les profondeurs des cavernes.
Dernière édition par Thorghan le Dim 6 Avr - 1:33, édité 1 fois |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Ven 4 Avr - 19:10 | |
| Chapitre II C’était mon septième hiver. Malgré mon jeune âge, j’étais déjà initié a l’art de survie par les chasseurs / guerriers qui s’occupaient de ma formation. Tout enfant du nord doit apprendre cet art dès sa plus tendre enfance, s’il veut avoir une chance dans ce monde rude et inhospitalier. La capacité de survie individuelle était importante, mais celle de la tribu l’était encore davantage. Il n’est donc pas étonnant que l’une des premières choses que les enfants du nord apprennent, ce sont les règles sociales de la tribu, et leur place dans cette structure hautement organisée. Sans une solide discipline, la survie dans les régions du grand nord serait impossible. Quelle était donc ma place dans cette petite communauté perdue au milieu du vaste monde hostile des glaces éternelles ? J’ai appris très tôt qu’elle était assez humble. Ma famille appartenait à la caste des cultivateurs, la moins respectée parmi les membres de la tribu. Mon père n’était pas l’un de ces braves et fiers chasseurs / guerriers, ni l’un des prêtres pouvant lire les présages dans les scintillements des aurores boréales. Pourtant, il n’en fut pas toujours ainsi. Je savais que son statut était dû à un événement qui valut à mon père la disgrâce du Conseil de Patriarches, mais j’ignorais à l’époque de quel événement il s’agissait. Fils ainé de la famille, je grandis avec un sentiment de honte qui vivait tapis quelque part au plus profond de moi. J’enviais secrètement les garçons qui avaient la chance d’être les fils de guerriers puissants et respectés, et mon seul souhait était de les égaler, voire les dépasser. Cela me fut particulièrement difficile car j’étais d’une constitution relativement fragile, et beaucoup doutaient même de mes chances de survivre jusqu’à l’âge adulte. Certaines fois, désespéré par mon incapacité d’égaler mes camarades, je prenais des risques inconsidérés, dans un vain espoir de démontrer ma bravoure. Cela ne provoqua que la désapprobation de mes parents et des guerriers qui étaient en charge de mon éducation, car la témérité n’a jamais fait partie de la stratégie de survie des Volundars. Curieusement, mon mépris total du danger eut une conséquence inattendue, car elle m’attira la sympathie du garçon le plus respecté de la tribu. Il n’était personne d’autre que le petit fils préféré du Grand Patriarche, l’homme le plus influent parmi les Volundars. Son nom était Sigfrid, et, de l’avis de tous, il était promis à un brillant avenir. Il avait le même âge que moi, mais on pouvait sentir qu’il était de la graine de ceux qui font d’excellents meneurs d’hommes, volontaires et charismatiques. Malgré la désapprobation des Patriarches, nous étions devenus inséparables. Nous nous entrainions ensemble, nous jouions ensemble, et nous rêvions ensemble, assis autour du feu, écoutant les récits que nous contaient les grands. Les galeries souterraines étaient notre terrain de jeux, des jeux souvent dangereux, lorsque nous jouions aux équilibristes au-dessus des abimes sans fond, ou que nous nous aventurions dans le labyrinthe des galeries inférieures habitées par toute sorte de créatures hostiles. Cet hiver-là, la nuit semblait particulièrement froide et interminable. La récolte de l’été précédent avait été médiocre, voire mauvaise, et la tribu était au bord de la famine, sans parler du bétail. Les guerriers organisaient des expéditions de plus en plus dangereuses afin de ramener des provisions, mais elles n’étaient toujours pas suffisantes pour garder les Volundars à l’abri de la faim. Les prêtres organisaient des cérémonies et offraient des sacrifices aux dieux afin que ceux-ci leur rendent le soleil, tellement indispensable à la survie de la tribu. Par moments, on avait l’impression que la nuit n’allait jamais prendre fin, que le monde serait plongé dans l’obscurité, pour toujours. Les membres du clan étaient d’une humeur bien sombre, et les chants que l’on chantait autour du feu étaient emplis de gravité, voire de mélancolie, reflétant la nostalgie de la lumière du soleil et de l’été, qui semblait tellement loin, comme s’il appartenait a une autre époque. Je me souviens encore du moment lorsque Sigfrid me réveilla, excité, et me tira par la manche. “Viends, Thorghi, viens voir ! A la surface !!” L’esprit encore embrumé par le sommeil, je me habillai et le suivi le long des couloirs qui menaient vers la surface. A nous deux, nous entreprîmes d’ouvrir la lourde porte qui nous séparait de l’extérieur, juste assez pour pouvoir se glisser dans l’ouverture. Les gonds émirent un grincement sourd, et une avalanche de neige se précipita sur nous, ce qui eut pour effet de me réveiller complètement. Ignorant la morsure du froid, Sigfrid se précipita dehors, se frayant un chemin à travers la neige. Je le suivi, non sans peine. - Regarde, Thorghi, regarde l’horizon ! Pour la première fois depuis des lunes, je laissai éclater mes émotions, et je pleurai, tombant à genoux sur la neige, devant le spectacle de l’astre diurne qui, timidement mais surement, étendait sa couronne orangée à l’horizon, conférant aux glaciers environnants une délicate teinte dorée. Les dieux ne nous avaient pas abandonnés, et le soleil était de retour, et avec lui, le printemps, et l’espoir. Nous nous étions assis dans la neige avec mon ami, contemplant le spectacle, grelottant de froid mais heureux. Volundr était un pays rude et inhospitalier, mais il était le notre, et nous l’aimions, envers et contre tout, et nous ne l’aurions échangé contre rien au monde, car nous y trouvions tout ce dont nous avions besoin, tout ce qui comptait a nos yeux. L’esprit de camaraderie et la liberté. |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Mar 8 Avr - 17:34 | |
| Chapitre III Le printemps émergeait lentement, progressivement, s’annonçant par des signes avant-coureurs discrets mais qui présageaient de grands changements. Le soleil montait de plus en plus haut au-dessus de l’horizon, et son action, combinée avec celle du souffle des dieux souterrains, commençait à réchauffer le manteau de neige qui, durant tout l’hiver, avait recouvert la vallée. Les rivières souterraines augmentaient leur débit, alimentées par la neige et la glace en train de fondre. Les vents soufflant sur les montagnes devenaient plus doux, et leur morsure n’était plus aussi létale que durant les mois de l’hiver. Progressivement, la température diurne à la surface devint suffisamment supportable pour que les Volundars puissent sortir des grottes et se réinstaller dans leurs maisons. La glace recouvrant la rivière qui coulait au milieu de la vallée était de plus en plus mince et, un beau matin, elle se libéra complètement de son carcan blanc, à la plus grande joie des membres de la tribu. Bientôt, de multiples ruisseaux descendant les flancs des montagnes se formèrent. Les ruisseaux devenaient courants, puis se transformaient en torrents, au fur et a mesure que la vallée se réchauffait. Vestige de l’emprise tyrannique de l’hiver, la neige recouvrant les terres fondait, laissant revivre la végétation qui s’était endormie pendant les mois sombres. Même avant que la couche de neige ne fonde complètement, les clairières des forets environnantes se couvrirent de perce-neige, ces symboles du renouveau, petites formes colorées transformant des tableaux qui, jusqu’ici, apparaissaient achromatiques. La vallée de Valundr, qui, tout au long de l’hiver, était resté figée dans le silence, interrompu uniquement par le sifflement plaintif du vent, se remplissait maintenant d’une cacophonie où se mêlaient les bruits des torrents dévalant les pentes, les cris des oiseaux migrateurs revenant de leur long voyage vers le sud, les appels des animaux sortant de leur hibernation et se préparant pour la saison des amours, ainsi que les chants des Volundars, qui, a leur tour, célébraient l’arrivée du printemps. Les hommes étaient affairés à réparer leurs maisons, malmenées par les rigueurs de l’hiver, les femmes s’occupaient du bétail, les enfants, après avoir apporté leur modeste contribution aux affaires des grands, s’en donnaient a cœur joie, courraient a travers les champs, s’aspergeaient d’eau lorsqu’ils traversaient les cours d’une pureté cristalline, fabriquaient des bonhommes de neige. Avec Sigfrid nous n’étions pas en reste ! Un autre enfant de la tribu nous rejoint dans nos aventures, d’une manière inattendue, et nous formions maintenant un trio inséparable. Seule ombre au tableau, du moins du point de vue de Sigfrid. Le troisième membre en question était une fille. Freya, tel était son nom, entra dans notre vie par un beau matin de printemps, petite silhouette frêle apparaissant dans l’encadrement d’une porte, environnée de lumière. Les rayons du soleil levant jouaient dans sa chevelure rousse, créant une aura de feu autour de son petit visage d’ange aux traits délicats. Elle nous fut simplement présentée comme la future ‘amie’ de Sigfrid, et cela me prit un certain temps de comprendre ce que cela impliquait. Avec du recul, cela ne m’étonne pas vraiment. Sigfrid était destiné à diriger le clan des Volundars, et nombreuses étaient les familles qui voulaient tisser des liens de parenté avec celle du Grand Patriarche. Les mariages arrangés étaient courants, et je devine que celui de Sigfrid l’était depuis bien longtemps. Ce qui était plus surprenant, c’est que la petite Freya souhaitait entrer dans notre ‘bande’ au lieu de rester avec les autres filles de son âge. D’un autre coté, ce n’était pas si inhabituel que ça. Dans une société où une femme pouvait devenir chasseresse et guerrière il était acceptable que les jeunes filles se livrent à des activités de garçons, même dès leur plus jeune âge. Au fur et à mesure que les semaines passaient, j’avais l’impression que Sigfrid était un peu gêné par la présence de Freya à nos cotés. Souvent, profitant de sa supériorité physique, il nous battait à la course à pied et, au lieu de s’arrêter pour nous attendre, il continuait à courir en riant, nous narguant à distance, nous mettant au défi de le rattraper. Un jour, essoufflés, puis épuisés à force de vouloir rivaliser avec notre très jeune mais vigoureux ami, nous décidâmes avec Freya de faire une halte au milieu d’un champ encore partiellement couvert de neige. Nous nous assîmes à même le sol, reprenant notre souffle et contemplant le magnifique paysage qui s’étendait devant nous. C’était une belle journée de printemps, le soleil rayonnant trônait sans partage sur un ciel dépourvu de nuages, et les montagnes s’étendant a perte de vue, encore largement recouvertes de glace, brillaient comme si leurs cimes étaient composées de joyaux. Les oiseaux chantaient le hymne au printemps, et nous partagions pleinement leur enthousiasme et leur insouciance. A cet instant, le monde nous appartenait, et le futur ne pouvait être que radieux, tout comme cette journée, une des celles dont on voudrait qu’elle ne finisse jamais. Freya cueillit les perce-neige et fabriqua de ses petits doigts habiles une couronne de fleurs qu’elle déposa sur ma tête, puis recula et me regarda, émettant un rire aussi joyeux et cristallin que celui des ruisseaux s’écoulant des pentes enneigées. Pour elle, ce n’était encore qu’un jeu, un amusement, et elle ignorait la signification de son geste. Peut-être a-t-elle vu les filles plus âgées, en âge de se marier, offrir de telles couronnes aux garçons et elle fit de même avec moi, par simple imitation. Quoi qu’il en soit, des années après, je repense encore à cet instant, et j’imagine ce que ma vie aurait pu devenir en d’autres circonstances. Qu’est-ce qui me pousse à écrire ses mémoires ? Qu’est-ce qui me motive à revivre ce passé, a jamais évanoui ? Peut-être que j’essaye simplement de comprendre. Comprendre comment ce garçon fragile et rêveur ait pu devenir le monstre solitaire que je suis, une redoutable machine à tuer, dont le nom même suffit à inspirer la terreur ? Le printemps laissa sa place à un bref mais magnifique été boréal, et il semblait que le soleil était revenu pour de bon, qu’il n’allait jamais quitter le ciel et illuminer nos existences pour toujours. Espoir vain d’un enfant naïf. A l’époque, je ne pouvais pas savoir que les choses allaient changer d’une manière inexorable, et que c’était le dernier été que je passais avec mes amis d’enfance. Le dernier été de mon enfance, tout court. |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Jeu 10 Avr - 0:39 | |
| Chapitre IV Cette année, l’automne s’annonça par des tempêtes de grêle. C’était le premier signe qui indiquait la fin du court été boréal, et les Volundars commencèrent les préparatifs pour l’hiver sans tarder. Les jours passaient, et le pale soleil qui fleuretait de nouveau avec l’horizon ne parvenait plus a réchauffer la vallée. Pendant les périodes que nous appelions les ‘petites nuits’, l’automne tissait ses toiles de givre, transformant la moindre branche, le moindre brin d’herbe en un bijou qui scintillait sous les rayons du soleil. Les cours d’eau se tarissaient, les oiseaux repartaient vers les terres plus clémentes du sud, les animaux se préparaient à hiberner. La nature suivait son rythme inexorable, indifférente aux soucis des hommes qui dépendaient tellement d’elle pour leur survie. Dans le grand nord, elle n’était guère généreuse, mais nous la remercions avec d’autant plus de gratitude, heureux de pouvoir survivre une année de plus dans cet univers où règnent les glaces. Je me souviens parfaitement du jour où le soleil disparut derrière les montagnes, lançant ses derniers rayons écarlates à travers la couche de nuages sombres qui, bientôt, voilèrent complètement la clarté de l’astre diurne. Une tempête s’annonçait, et elle promettait d’être violente. La tribu se réfugia dans les grottes, c’était le moment d’abandonner les constructions à la surface. Les prêtres décidèrent que le moment était venu de mener une cérémonie afin d’apaiser la colère du tout-puissant Odar. Tous les Volundars se rassemblèrent dans la grotte centrale, attendant le début de la cérémonie. Il ne fallait pas s’y tromper, il ne s’agissait pas de l’une de ces célébrations festives, avec danses et chants, mais une cérémonie solennelle, dont l’importance religieuse ne devait être sous-estimée. C’est a ce moment que l’un des guerriers arriva en courant en provenance de l’extérieur, annonçant l’arrivé des Cavaliers des Glaces. Un frisson parcoura mon échine à cette annonce. Je me souvenais de leur dernier passage, il y avait deux ans de cela, et de ce que leur venue signifiait. Je me tenais aux cotés de mes amis, Sigfrid et Freya, attendant avec appréhension ce qui allait se passer. Un courant d’air glacial traversa la grotte, projetant des particules de givre et de glace sur les habitations souterraines, ainsi que sur leurs habitants. Instinctivement, les enfants se serrèrent les uns contre les autres, pétrifiés par le froid, mais aussi par un sentiment de peur et d’inquiétude. Les cavaliers arrivèrent, les sabots de leurs destriers tambourinant le sol de la grotte en un bruit qui se répercutait le long des parois, créant l’illusion que les étrangers arrivaient de partout a la fois. Lorsque leurs montures s’arrêtèrent, un silence de mort s’installa dans la grotte. Je regardais nos visiteurs inattendus, et ils étaient aussi impressionnants que dans mes souvenirs. C’étaient de puissants guerriers, solidement bâtis, les visages sévères, portant des capes en peau de loup et des armures lourdes qui brillaient d’un éclat mat sous l’éclairage irrégulier des torches. Seul l’un des cavaliers semblait diffèrent. Il était plus âgé que les autres et ne portrait pas d’armure, seulement des vêtements simples mais élégants de couleur bleue recouverts d’une large cape en tissu. Il se tenait un peu en retrait, observant la scène. Son visage était sec, ses traits bien prononcés, son nez recourbé évoquait le bec d’un rapace et ses yeux sombres étaient profondément enfoncés dans les orbites. Le cavalier de tête descendit de sa fière monture, un destrier qui, surtout pour un enfant, parut gigantesque. Un casque orné de cornes couvrait son visage, et seuls ses yeux d’une couleur rouge sombre et sa large bouche étaient visibles. Il marchait lentement le long de la rangée formée par les Volundars, examinant attentivement chaque membre de la tribu. Les membres du clan, si fiers en général, baissaient les yeux lorsque le lourd regard du Templier se posait sur eux. Le guerrier s’arrêta, puis, en pointant son index sur l’un d’entre nous, prononça d’une voix basse et froide, à glacer le sang : - Lui ! Cela nous prit quelques instants avant de réaliser à qui le Templier s’adressait. Avec stupéfaction et horreur, nous réalisâmes qu’il s’agissait Sigfrid. Le silence tombal s’installa de nouveau, chaque membre du clan réalisant ce que cela impliquait. Comme dans un rêve, ou plutôt un cauchemar, je venais de réaliser a mon tour que c’est moi qui fit un pas en avant, me mettant entre le guerrier et mon ami. La petite main frêle de Freya essaya de me retenir, mais en vain. La bouche du Templier dessina un sourire mauvais. - Tiens, tiens ! Il n’ajouta rien d’autre. Obéissant à l’ordre muet de son chef, un autre guerrier s’approcha et me fit asseoir sur son cheval, sans un mot. C’est ainsi que prit fin ma vie au sein des Volundars, ainsi que mon enfance, du même coup. Pour une dernière fois, je me retournai pour saluer ceux qui étaient ma famille, et les images que je vis resteront a jamais gravées dans ma mémoire. |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Dim 13 Avr - 22:59 | |
| Chapitre V « Quelle folie de voyager au beau milieu d’une tempête ? » se demandai-je lorsque nous quittâmes la grotte. Le vent soufflait avec une telle force qu’il faisait plier les arbres, et, a cause du blizzard, on n’y voyait pas à quelques mètres. Apres quelques minutes de route, lorsque mon village natal disparut derrière nous, plongé dans la tempête, je réalisai que le phénomène n’était pas vraiment naturel. Les tourbillons sombres qui nous entouraient semblaient avoir pour centre le mystérieux personnage que j’avais déjà remarqué dans la grotte, celui qui ne portait pas d’armure. Ainsi, la légende était vraie, les Templiers des Glaces pouvaient commander au blizzard, et ils avaient certainement d’autres pouvoirs, tout aussi impressionnants. Le groupe de cavaliers progressa à un rythme soutenu, à tel point qu’on aurait pu croire qu’ils pouvaient chevaucher sans jamais s’arrêter, qu’ils étaient infatigables. Je grelottais de froid, mais je n’osais l’avouer, et ma peur était bien légitime. Au bout de quelques heures, je commençai à sentir la fièvre monter, je sentais à peine mes mains et mes pieds, et je compris que je n’allais probablement pas survivre à ce voyage. J’avais besoin de chaleur, j’avais besoin de repos. En clair, j’avais que l’on fasse une halte. - Sir ? Demandai-je à l’homme derrière lequel j’étais assis, d’une voix qui se voulait aussi ferme que possible. Aucune réponse ne me vint en retour. Le guerrier demeura silencieux, comme s’il n’avait rien entendu. Je m’éclaircis la gorge, qui commençait déjà à me faire souffrir. - Mon Sir ? Est-ce que l’endroit ou nous allons est encore loin ? Encore une fois, personne ne répondit. Les cavaliers poursuivirent leur voyage, imperturbables. Je continuai le chemin en silence, mais la tête me tournait, et mes forces m’abandonnaient. Soudain, tout devint blanc devant mes yeux, et je tombai du cheval, sans forces, atterrissant et s’enfonçant dans la neige fraichement tombée. Cette fois, les cavaliers s’arrêtèrent. Je me relevai, péniblement. - Remonte immédiatement en selle, Volundar, ordonna le chef des cavaliers d’un ton qui ne laissait aucune place à la discussion. - Je n’en peux plus ! criai-je, essayant de couvrir le bruit du vent. - Alors, tu ne nous sera d’aucune utilité, morveux. - Peut-être que nous devrions aller chercher l’autre gamin ? Demanda l’homme âgé. Il avait l’air bien plus robuste. - Non ! criai-je, animé d’une énergie nouvelle. Je suis meilleur que lui ! Je savais bien que je ne croyais pas une seconde a mes propres paroles. - Alors, prouve-le, lâcha le chef, avant de se retourner et continuer le chemin, comme si ne rien n’était, suivi des autres cavaliers. Je commençai à marcher, péniblement, la neige m’arrivant à hauteur de genoux, le vent glacial me fouettant sans pitié. Je marchais, l’esprit et le corps en proie à la fièvre, dans réfléchir, simplement parce que c’était mon devoir. Les cavaliers disparurent dans la bourrasque, et j’avais l’impression de me retrouver seul au milieu d’un monde hostile, mortel. Je ne sais pas pendant combien de temps j’eus la force de marcher, avant de m’écrouler dans la neige de nouveau. - Odar ! Le dieu des guerriers, donne-moi la force et le courage ! Seul le sifflement du vent me répondit. - Odar ! Tu ne peux m’abandonner ! J’eus l’impression que quelqu’un était en train de m’observer. Silhouette se détachant sur le fond de la bourrasque. Je levai la tête qui me parut plus lourde que jamais, essayant de distinguer de qui il s’agissait. C’était le cavalier âgé qui m’observait en silence. - J’y arriverai ! criai-je, rassemblant ce qui me restait de forces. Ne retournez pas à Volundr, j’y arriverai ! Je fis encore quelques pas, mais chacun d’entre eux me coutait le peu d’énergie qui me restait. L’homme resta immobile, m’observant toujours. - Les dieux, mon jeune ami, ne se dérangent que rarement pour aider les mortels que nous sommes. J’eus la force de m’avancer suffisamment pour distinguer clairement son visage. Mes poumons et ma gorge brulaient, alors que mes mains et mes pieds étaient gelés. Je perdais progressivement le contrôle de mes membres. - Tu sais que tu n’y arriveras pas, prononça l’homme, et ses paroles sonnèrent comme une condamnation. Même un homme adulte n’y arriverait pas, à pied, par un tel blizzard. Je m’arrêtai, respirant difficilement. - Alors, je mourrai ici, mais je mourrai dignement, comme le doit tout serviteur d’Odar. L’homme émit un rire grave et caverneux, amusé d’entendre un gamin aussi jeune prononcer de telles paroles. - Tu apprendras à vénérer un autre dieu, celui qui te donnera la véritable puissance, mon garçon. Pour la première fois, dans la voix de l’homme transpirait quelque chose qui ressemblait a de la sympathie, ou bien prenais-je mes désirs pour une réalité ? - Nous mourrons tous un jour, ne sois pas si pressé. Ton tour n’est pas encore venu. Le sorcier leva la main, et je n’eus le temps d’apercevoir qu’un flash d’un blanc aveuglant, avant que le paysage ne se transforme totalement. Le blizzard avait disparu, et le ciel nocturne était clair et transparent, et l’aurore boréale étendait ses rubans dans toute leur splendeur. Je levai les yeux, émerveillé, contemplant une vision à couper le souffle, oublient un instant la souffrance que ressentait mon corps. Devant moi se dressait une forteresse dont les dimensions défiaient l’imagination. Tel un pic de crystal, la forteresse s’élançait à l’assaut du ciel, son sommet se perdant de vue dans les hauteurs vertigineuses. La base de la forteresse était en pierre, mais sa partie supérieure semblait faite exclusivement de glace. Alors que je restais bouche bée devant cette construction d’une sombre beauté, le sorcier me souleva et m’installa sur son cheval, devant lui, de manière à s’assurer que je ne tombe pas de nouveau. - En route, jeune recrue, le Temple des Glaces nous attend ! |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Dim 20 Avr - 19:59 | |
| Chapitre VI De l’intérieur, le Temple des Glaces était aussi impressionnant que de l’extérieur. La partie inférieure était en pierre, et elle était maintenue à une température supportable par un ingénieux système de cheminées qui véhiculaient les vapeurs qui remontaient des profondeurs de la montagne. La partie supérieure était constituée uniquement de glace, et la température qui y régnait était celle d’un éternel hiver. A mon arrivée, je m’écroulai de fatigue, et mes souvenirs des premiers jours passés dans la forteresse sont très vagues. Je me souviens d’avoir lutté de toutes mes forces afin de ne pas succomber à la maladie, la fièvre qui s’était emparée de moi a failli m’être fatale. Honnêtement, je ne sais pas comment je réussis à survivre, à moins que ce ne fût la volonté des dieux. Personne ne s’occupait de me soigner, d’après ce dont je crois me souvenir. J’étais allongé sur un lit de fabrication très simple, dans une pièce exiguë qui ressemblait plutôt à une cellule de prison, avec une seule fenêtre étroite située en hauteur, sous le plafond, qui ne laissait passer qu’une clarté pale et diffuse. Je me souviens d’une vielle femme qui m’apportait des repas, constitués de soupe chaude, de pain et d’eau, certaines fois d’un morceau de viande bien cuite. Elle posait la main sur mon front, murmurait quelque chose d’inintelligible en secouant tristement la tête, puis m’aidait à manger si j’étais trop faible pour le faire moi-même. Lorsque la maladie prenait le dessus et que je sentais mes forces mes quitter, je priais, en repensant à mon ami Sigfrid et à la tribu. Le clan avait besoin de lui, mais pas de moi. Il était la fierté du clan, moi je ne ressentais que de la honte. Les visages des membres du clan repassaient dans ma tête, et dans mon délire je les revoyais, je les entendais m’appeler. Je me souvenais du visage grave de mon père, du dernier regard qui me lança, un regard où se mêlait la douleur, la désapprobation, mais aussi la fierté. Je ne vis pas le visage de ma mère, car elle se serrait contre mon père, le visage caché, n’ayant pas le courage de regarder dans ma direction. Les visages graves mais, à ce qui me sembla, soulagés des Patriarches. Tout cela appartenait maintenant au passé. Je ne sais pas combien de temps je passai entre la vie et la mort, mais ma convalescence me parut rapide. Les templiers ne m’ont pas laissé beaucoup de temps pour récupérer, de toute façon. Un jour, l’un d’entre eux entra dans la pièce, me jeta un œil critique et m’ordonna de m’habiller et de le suivre. Nous passâmes par un dédale de couloirs et d’escaliers avant d’arriver dans une vaste salle dépourvue de mobilier. Les murs étaient couverts d’armes, boucliers et pièces d’armure diverses. Au centre se tenait un garçon portant une armure légère et des gantelets en fer. Il n’avait que deux printemps de plus que moi, comme je l’appris plus tard, mais il me parut très grand a l’époque. Il s’approcha de moi, me regardant de haut en bas, puis esquissa un sourire condescendant. - Alors comme ça on nous ramène des morveux, maintenant. Il me lança une hache qui, sur le moment, me parut peser une tonne. Je ne parvins pas à la saisir correctement et elle tomba sur mes pieds, m’arrachant un cri de douleur. Mon ‘instructeur’ émit un rire exprimant sons dédain. - Non mais regardez-moi ca ! Pathétique ! Voyons ce que tu peux faire. Attaque-moi. Je saisis la hache avec maladresse. - Vas-y, on n’a pas toute la journée, frappe, si t’en es capable. Morveux. Je pris mon courage a deux mains, de même que la hache, et essaya de porter un coup à cet arrogant. Mon attaque fut tellement lente et inefficace qu’il l’esquiva sans peine, puis fonça sur moi et me donna une gifle avec son gantelet. Me m’écroulai sur le sol en pierre, la joue en sang. Mon adversaire ricana de nouveau, puis soupira. - Qu’est-ce qu’on peut bien attendre d’un fils d’un cul-terreux, hein ? T’es une larve, comme ton père, et ils auraient du te laisser ramper toute ta vie dans la fange au lieu de te ramener ICI ! Je relevai la tete, essuyai le sang qui coulait de ma blessure et saisi la hache. Cette fois, je plaçai ma main droite tres près du fer de la hache afin de pouvoir mieux la contrôler. Pendant un instant, il se tourna pour s’éloigner de moi, et j'en profitai pour projeter la hache dans sa direction. Surpris, il n’eut pas le temps d’esquiver cette fois, et la hache frappa sa jambe gauche à hauteur du genou le faisant tomber. Le coup n’était pas assez fort pour le blesser, et, passé le premier instant de surprise, il se releva, me lançant un regard mauvais, prêt à riposter. Puis, d'une manière inattendue, changeant d'attitude, il rit. - Dis-donc, mais c’est qu’il mord ce louveteau ! On va peut-être pouvoir faire quelque chose de toi, après tout ! |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Dim 20 Avr - 20:06 | |
| Chapitre VII Le garçon s’appelait Jorgen et il était chargé de mon instruction initiale ainsi que de mon évaluation. Au total, je passai six ans en sa compagnie, ainsi que celle des autres jeunes ‘recrues’, qui avaient tous plus ou moins mon âge mais venaient de différentes tribus d’Asgard et d’Hyperborea. Six années à nous entrainer à toutes les formes de combat, à l’équitation, à l’art de la guerre en général, mais aussi à apprendre à survivre dans les conditions extrêmes. Je compris vite qu’il ne s’agissait pas seulement d’entrainement, mais également d’une sélection implacable, où l’échec n’était pas toléré. Je n’ai jamais su avec certitude combien de mes camarades ont réussi à survivre à cet entrainement. La moitié ? Un tiers ? Moins ? Les accidents étaient fréquents au cours des entrainements, certains étant mortels. La désobéissance ou les écarts par rapport au code du Temple étaient également sévèrement punis, et les récidivistes recevaient un billet simple pour la domaine de la mort glacée. Au début j’avais du mal à suivre le rythme. Plusieurs fois j’étais au seuil de l’élimination dans cette compétition sans pitié. Chaque fois que je survivais, jouant à l’équilibriste sur le tranchant de la lame, comme on disait, je me renforçais, physiquement, et surtout mentalement. J’appris à maitriser mes émotions, et la peur n’était plus une ennemie pour moi. Mes muscles se renforçaient, je grandissais vite en taille, rattrapant mes camarades, mes réflexes devenaient plus rapides et plus surs. L’entrainement physique n’était pas le seul auquel nous étions soumis. La Forteresse des Glaces comportait également une bibliothèque des plus complètes, et le sorcier qui me sauva la vie, dont le nom était Wyrdmir, nous donnait régulièrement des cours de langues, de géographie et d’histoire, nous apprenant à lire, écrire, interpréter et même dessiner les cartes. J’étais fasciné par les histoires sur les pays lointains, et, assis sur les blocs de glace, regardant l’horizon en direction du sud, nous rêvions avec Jorgen des pays tellement différents du notre, tellement fascinants qu’ils captivaient notre imagination d’adolescents. Certaines fois, dans des moments de solitude, je pensais à ma famille, aux membres du clan que j’avais connu et qui appartenaient maintenant à un autre monde. « Freya ». La petite fille rousse au visage d’ange ne quittait pas mon esprit. Etrangement, au fur et à mesure que le temps passait, son souvenir devenait de plus présent, comme s’il s’imposait à moi. Je n’oublierai jamais son regard terrifié lorsque j’embarquai pour mon voyage pour le Temple des Glaces. Une partie de moi espérait qu’elle m’avait oublié, alors qu'une autre espérait, d’un espoir fou et insensé.
Dernière édition par Thorghan le Mar 22 Avr - 19:34, édité 1 fois |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Dim 20 Avr - 20:16 | |
| Chapitre VIII A l’âge de 13 printemps, après plus de 5 ans d’entrainement, je reçus le titre d’Apprenti, et je faisais officiellement partie du Temple. Je reçus un cheval, un uniforme et des armes, dont je devais prendre soin. Cela signifiait également que j’étais plus libre, je pouvais aller et venir à ma guise, du moins en dehors des heures où ma présence dans le Temple était requise. J’en profitais pour voyager, explorer la région que je ne connaissais qu’à partir des cartes. Certaines fois je voyageais avec mes camarades, en particulier Jorgen qui devint mon ami, mais d’autres fois je partais seul à l’aventure. Par une belle journée de printemps, j’étais en train de descendre un sentier de montagne, lorsque je vis un paysage qui fit battre mon cœur à toute vitesse, et des souvenirs envahirent mon esprit. J’avais voulu me retourner et partir d’ici au plus vite pour ne jamais y revenir, mais une force intérieure contre laquelle ma volonté était impuissante me poussa à continuer. Les paysages devenaient de plus en plus familiers. Apres quatre longues années, j’étais de retour. Des rires, aussi cristallins que les cours d’eau des montagnes, attirèrent mon attention, emplissant mon cœur d’une étrange exaltation. Je descendis de mon cheval, l’attachai, puis approchai de l'endroit d'où venaient les rires. Courant avec insouciance dans la neige, je vis les jeunes filles qui, sans aucun doute, appartenaient à ma tribu. Etait-ce une vision ? Etais-je en train de rêver, ou bien s’agissait-il d’un autre test auquel me soumettaient mes mentors ? Non, elle était bien réelle, elle était là, courant pieds nus sur la neige, et mes yeux n’étaient que pour elle. Je ne pouvais pas me tromper, c’était bien elle, et sa beauté dépassait tout ce dont je m’étais imaginé. Ce n’était plus une enfant que j’avais connue, sa silhouette était celle d’une jeune femme, gracieuse et élancée, son visage s’était allongé, les traits féminins s’étaient accentués, sans pour autant perdre son expression d’insouciance infantile. Fasciné, je restais là, immobile, à regarder mon amie d’enfance, alors que des sentiments contradictoires s’affrontaient en moi. M’arrachant à ce spectacle qui me rappelait douloureusement mon enfance, je décidai de rentrer, mais, soudain, celle qui était l’objet de mon attention s’arrêta, se tut, et l’expression de son visage changea. Elle salua les autres filles et continua à marcher, seule, vers le sommet de la colline. Une fois arrivée là, elle cueillit quelques perce-neige de couleur bleue, puis s’assit sur le sol. Elle regardait le paysage, le même paysage que nous contemplions il y a six années de cela, en silence, tressant une couronne de fleurs. Il se dégageait d’elle une impression de tristesse qui contrastait avec l’insouciance qu’elle manifestait en présence d’autres filles. Elle ne m’avait pas oublié. Après toutes ces années, elle se souvenait de moi, de nous. Mon esprit ne pouvait le croire, mais mon cœur en était certain. C’était plus que je pouvais supporter. Je sortis de derrière les rochers ou je me dissimulais, et j’avançai vers elle, comme dans un songe, craignant de me réveiller dans ma froide cellule du Temple, tout ceci n’étant qu’un rêve. Elle leva les yeux sur moi, d’abord surprise, puis inquiète. Elle se leva précipitamment, la couronne de fleurs tomba par terre. Elle recula et secoua la tête, avec une expression de peur qui traversa son visage. Je m’arrêtai à quelques pas d’elle, complètement perdu, ne sachant pas comment me comporter, ne sachant quoi lui dire, ne sachant même pas pourquoi j’étais là. - C’est moi, prononçai-je maladroitement, tout mon courage de guerrier fondant telle la neige au printemps, dans ce pays nommé Volundr, qui avait été le mien, dans une autre vie. Ce que j’oubliais à cet instant, en prononçant ces mots, c’est qu’il ne l’était plus. |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Mar 22 Avr - 19:19 | |
| Chapitre IX Notre rencontre avec Freya, après tant d’années de séparation, était semblable a une journée de printemps, lorsque la chaleur du soleil est tempérée par le souffle d’un vent encore frais, lorsque la glace recouvrant les rivières est fine, fragile, mais encore présente, lorsque l’été s’annonce par des signes avant-coureurs, mais les vestiges de l’hiver sont encore bien présents. La première impulsion de Freya fut de s’enfuir à la vue de cet étranger qui ne ressemblait en rien au garçon fragile et rêveur qu’elle avait connue. J’avais non seulement grandi, mais j’avais changé intérieurement, mon visage se transforma, en même temps que mon corps, et ma voix était avait également muté. Cependant, quelque chose dans mon attitude lui confirmait que ça ne pouvait être que moi, peut-être une certaine timidité maladroite qui resurgit en moi au moment de notre rencontre. Freya fit quelques pas en arrière, mais je la suppliai de ne pas avoir peur de moi, ne pas me laisser. Je ramassai la couronne de fleurs qu’elle avait laissé tomber, m’approchai d’elle, lentement, comme si elle état une biche sauvage que j’avais peur d’effrayer, puis, délicatement, déposa la couronne sur sa tête. Elle hésita, puis répondit à mon sourire, timidement, ne croyant pas encore à ce qui était en train d’arriver. Elle me croyait mort, du moins c’est ce qu’elle me dit d’une voix faible, à peine audible. - Mais non, regarde, prononçai-je, enlevant mes gants. Je pris ses mains dans les miennes, comme nous le faisions pour jouer, dans une autre vie, il y a une éternité de cela. - Ai-je l’air d’un fantôme ? Elle sourit, cette fois avec plus de chaleur, plus d’assurance. - Thorghi, c’est bien toi. Je n’aurais jamais cru entendre de nouveau prononcer mon diminutif un jour, et, sur le moment, je ne savais pas si je regrettais d’être revenu, ou bien si c’était la journée la plus heureuse de ma vie. Des sentiments complexes s’affrontaient en moi, mon esprit était en feu, mon cœur battait à toute vitesse. Des années après, je ne sais toujours pas si j’ai eu raison de revenir vers elle, ou bien s’il s’agissait d’une erreur, d’une manifestation de faiblesse. Les Templiers ne l’auraient pas approuvé, considérant toute émotion comme l’apanage des faibles, mais, d’un autre coté, le Temple m’avait tout pris, et le fait que la décision de les accompagner fut la mienne ne changeait rien à cette situation. L’instant de ma rencontre avec Freya était pour moi une sorte de revanche, une revanche sur une vie que mon sens du devoir me força à choisir. Nous avons parlé à bâtons rompus, ne sachant pas par quoi commencer et vers ou nous allions, profitant de cet instant, tout simplement. Freya me raconta que mes parents se portaient bien, que mon frère, de quatre ans mon cadet, grandissait vite, que le Grand Patriarche était mort et que le père de Sigfrid prit sa place au conseil. D’ailleurs, Sigfrid se portait très bien, même si, d’après les dires de Freya, il avait changé d’une manière subtile depuis la nuit fatidique où j’avais quitté le clan. Il devint plus renfermé sur lui-même, peut-être un peu plus sombre, mais aussi plus volontaire. Personne ne savait ce qu’il ressentait vraiment, mais il était toujours, et plus que jamais, l’un des jeunes les plus prometteurs de la tribu. Freya devait rentrer, son absence allait se faire remarquer. Elle me demanda de l’accompagner, mais je refusai. Je compris que ma famille avait fait mon deuil, et je ne souhaitais surtout pas leur infliger cette expérience une nouvelle fois. La vie continuait, sans moi, je n’étais plus partie du clan, et ne le serai jamais, même si je le voulais. J’appartenais au Temple, pour le meilleur et pour le pire. J’étais leur propriété, de la même manière que les armes et l’armure que je portais. Je pourrais vous parler des deux années qui suivirent notre rencontre avec Freya, je pourrais vous parler de la poursuite de ma formation, de mon amitié avec Jorgen qui se renforçait de plus en plus au fur et à mesure que les années passaient, de mon premier combat, de la bataille où Jorgen me sauva la vie, de Wyrdmir qui devint mon mentor et qui m’initia a l’art obscur de la magie, et qui devint aussi mon guide spirituel. Je pourrais vous parler de mes rencontres avec Freya, notre amitié se transformant progressivement en un sentiment à la fois doux et brûlant, que je voulais chasser, ayant peur d’y succomber. Je savais que notre rencontre sur la colline qui nous avait vue grandir n’était pas une coïncidence, je savais que mon esprit, bien malgré moi, m’y avait conduit. Pourquoi ? Peut-être parce que je ressentais, au fond de moi, que Freya était la seule à ne pas avoir abandonné tout espoir de me revoir un jour. Peut-être parce que les enfants sont moins fatalistes que les adultes, et qu’ils ressentent le besoin de croire, envers et contre tout, même s’il s’agit de croire en quelque chose qui semble impossible. Je pourrais vous parler des nombreuses fois où mon désir de revoir les membres de ce qui fut ma famille devenait tellement fort que je cédais à la tentation, et je les observais, au loin, redoutant qu’ils m’aperçoivent. Je regardai mes parents qui vaquaient à leurs occupations habituelles, je regardais grandir mon frère cadet, j’observais mon ami d’enfance, Sigfrid, dont les qualités de leader s’affirmaient de plus en plus. Des fois, j’intervenais même dans leur vie, d’une manière discrète, telle une main invisible et bienveillante qui enlevait les difficultés qui se dressaient sur leur route. Deux étés et un hiver passèrent après mon passage au rang d’apprenti, et un nouvel hiver s’annonçait. J’étais alors âgé de 15 ans, alors que de grands changements dans mon existence s’annonçaient à l’horizon. |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Mar 22 Avr - 19:33 | |
| Chapitre X Le huitième hiver que je passai au Temple apporta un changement radical, pour moi ainsi que pour Jorgen. Un jour, Wyrdmir nous convoqua, non pas dans l’académie où nous avions l’habitude de le rencontrer, mais dans la tour située dans la partie supérieure du Temple, là ou il avait installé son cabinet et son laboratoire. Il nous lança un regard sévère, froissant ses épais sourcils blancs, puis nous annonça qu’il était temps que nous suivions un entrainement ‘spécial’, qu’il allait superviser lui-même. Depuis ce jour, l’attitude des autres apprentis, et même des Templiers, changea à notre égard. C’était avant tout du respect, mais il y avait autre chose. Les Templiers savaient en quoi l’entrainement consistait, et quelle en était la finalité, mais ils éludaient le sujet, embarrassés. D’ailleurs, j’avais l’impression qu’ils nous évitaient, comme si nous étions déjà des êtres à part. Depuis, nous étions toujours ensemble avec Jorgen, nous partagions la même chambre, nous mangions ensemble, nous nous entrainions ensemble. Si l’entrainement initial avait été dur, celui auquel nous soumit Wyrdmir pouvait être qualifié d’inhumain. Jour et nuit, il pouvait nous ordonner d’effectuer n’importe quelle tache, certaines fois aussi difficile que complètement futile. Passant du chaud au froid, nous nagions dans des sources d’eau brulantes pour ensuite courir dans la neige, exposés aux vents implacables du grand nord, nous escaladions des montagnes de glace à la force du poignet, nous combattions, jusqu'à épuisement. Nous oubliâmes le passage du temps, ne sachant plus quel jour nous étions, et la nuit permanente ne nous aidait pas à nous repérer. Wyrdmir nous poussait jusqu'à l’extrême limite de nos forces, et même au-delà, au point que nous n’avions plus conscience du fait que ce qui était exigé de nous dépassait les capacités de la plupart des mortels. Certaines fois, je m’imaginais que le vieil homme voulait que l’un d’entre nous meurt, ou bien même que nous mourrions tous les deux. Néanmoins, l’entrainement de Wyrdmir se termina avec les premiers rayons du soleil qui annonçaient le début de l’an 1278. Cette période de notre vie s’acheva d’une manière aussi soudaine qu’elle avait commencé. Un jour, notre mentor nous annonça simplement que nous avions mérité des ‘vacances’. C’était la première fois que j’entendais ce mot, qui, d’ailleurs, venait de l’aquilonien, le nordheimer ne comportant pas ce terme. C’est aussi pour la première fois depuis des lunes que je vis Wyrdmir sourire. Cela signifiait que nous étions libres. Libres ! et que nous pouvions disposer de notre temps à notre guise, jusqu'à l’arrivée de l’automne. Je ne pouvais y croire, mais c’était pourtant vrai. Je dis au revoir à mon frère d’armes, préparai ma tente de campagne, pris de la nourriture séchée, sellai mon cheval et partis à l’aventure. Au début, je voulais voyager, découvrir le monde. Je ne souhaitais faire qu’un bref passage par les terres qui m’ont vues naitre. J’y rejoignis celle qui était au centre de mes pensées, juste pour lui dire adieu, pour lui souhaiter une vie heureuse avec celui auquel elle était destinée, mon vieil ami Sigfrid. Ce qui se passa en réalité fut bien différent de ce à quoi je m’étais préparé. Lorsque je vis Freya, mon cœur faillit s’arrêter. Elle m’attendait, là ou nous avions l’habitude de nous rencontrer. Lorsqu’elle me vit, pétrifié, incapable de faire le moindre mouvement, elle courut vers moi, m’étreignit en pleurant, comme si j’étais revenu d’entre les morts pour la deuxième fois. Je lui demandai au sujet de leurs projets de mariage avec Sigfrid, je savais qu’elle devait l’épouser l’année dernière mais que leur mariage avait été reporté. Elle baissa les yeux, la joie laissant place à la tristesse. Qu’est-ce qui s’était passé ? Est-ce qu’il se portait bien ? Oui, il se portait à merveille. Oui, ils devaient se marier. Non, ils n’avaient pas encore fixé de date. Décidément, je ne comprenais pas ce qui chagrinait mon amie à ce point. Alors, je lui dis que je n’étais que de passage, que j’allais m’en aller, pour la laisser à son bonheur avec Sigfrid. Cette fois, c’est elle qui me supplia de rester. Voyant de la désapprobation dans mon regard, elle détourna les yeux, et la tristesse passa de nouveau, telle une ombre, sur son magnifique visage. - Je ferai mon devoir, n’ais crainte, je te le promets. - Ton devoir ? demandai-je, épouser un homme tel que Sigfrid ? Le futur leader du clan ? Est-ce juste un devoir pour toi ? Je n’avais pas besoin de réponse, son regard exprimait mieux que n’importe quelle parole ce qu’elle ressentait. - C’est de la folie. Tu sais bien que je n’ai aucun avenir à t’offrir, tu sais que ça ne nous conduira nulle part ! J’étais interloqué par l’attitude de la jeune Volundar, sachant pertinemment que n’importe quelle autre fille de la tribu aurait fait l’impossible pour épouser Sigfrid. C’est avec lui qu’elle aurait dû être en ce moment, et non avec l’étranger que j’étais devenu ! Alors, Freya prononça des paroles dont la profondeur m’échappa à l’époque, mais auxquels je repensai, des années après, saisissant enfin leur signification. - L’été est bien court, Thorghi. Mais sa chaleur nous accompagne tout au long de la longue nuit de l’hiver. Oui, avec l’âge je compris ce qu’elle voulait dire. Il existe des expériences, même brèves, qui marquent notre existence d’une manière indélébile, qui nous transforment, et nous ne sommes plus jamais les mêmes, car elles vivent dans notre mémoire, aussi longtemps que nous marchons sur cette terre, et probablement même dans l’au-delà. Alors, je restai avec elle, et nous partageâmes ce court été, oubliant que nous vivions un rêve qui, en aucune circonstance, ne pouvait durer. |
|  | | Thorghon Pionnier

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 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Mar 22 Avr - 19:48 | |
| Chapitre XI Le soleil s’apprêtait à mourir derrière les montagnes en une explosion de couleurs, incendiant le ciel. Nous nous tenions dans la vaste salle située en haut de la tour centrale du Temple des Glaces, face-à-face, Jorgen et moi, sous les yeux des Templiers de haut rang qui étaient admis pour assister a l’événement. Dehors, le vent poussait sa plainte grave, et l’on pouvait sentir les vibrations de la tour sous ses violents assauts. Je regardai Wyrdmir, assis à la tribune d’honneur en compagnie des six autres dirigeants du Temple. Son visage avait une expression indéchiffrable. Je savais que le moment du test final était arrivé. Jorgen et moi portions des armures de combat, il ne s’agissait plus d’un entrainement. Deux assistants approchèrent, portant un large bouclier recouvert d’un tissu de velours écarlate sur lequel des armes étaient disposées. Jorgen choisit le premier, comme le désigna le sort, et prit une massive hache de guerre. Lorsque vint mon tour, j’optai pour mon arme favorite, le marteau à deux mains. Hjalnir, le maitre du Temple des Glaces, se leva et donna le signal de départ. Jorgen me salua, inclinant la tête avec gravité, et je répondis à son salut, me préparant au duel. Je savais que mes chances de l’emporter étaient maigres. Mon adversaire était plus âgé, plus mûr que moi, mais aussi plus grand et plus robuste. Cependant, on nous avait habitués à l’idée que la défaite n’était pas une option. C’était la victoire, ou la mort. L’attaque de Jorgen fut fulgurante. Je savais qu’il était très habile avec les haches, mais cette fois même moi fus surpris. Je déviai son attaque, de justesse. Voyant que j’étais déstabilisé, il poussa son avantage, enchainant les coups. J’ai toujours été fasciné avec quelle facilité et rapidité il maniait cette arme redoutable que d’autres pouvaient à peine soulever. Je reçus ma première blessure dès le début du combat, lorsque mon adversaire perça ma défense et que sa hache s’abattit sur ma jambe gauche. Heureusement que j’avais entamé une manœuvre d’esquive, sinon l’attaque m’aurait privé de ma jambe. Ignorant la douleur et essayant de prendre appui sur ma jambe valide, je contre-attaquai, mais le combat tournait de plus en plus en faveur de Jorgen. L’affrontement me parut interminable, les échanges de coups s’enchainaient, déchirant le silence qui régnait dans la salle. Je m’épuisais plus vite que mon opposant, et j’avais perdu beaucoup de sang, ce qui signifiait que l’issu du combat était presque certaine. Mes bras me faisaient souffrir à force de frapper et de parer, ils devenaient lourds, comme s’ils s’étaient transformés en plomb. Mes jambes ne m’obéissaient plus, mes réflexes n’étaient plus aussi rapides. Jorgen, lui, semblait inépuisable. L’obscurité tombait sur la salle, et le combat continua à la lumière des torches, flammes vacillantes sous l’effet des courants d’air glacés qui la traversaient. Jorgen se lança dans un nouvel enchainement de coups, mais je n’avais plus la force de parer. Profitant d’une ouverture dans ma défense, il porta un coup redoutable, qui faillit m’arracher l’arme des mains. Je ne parvins pas à le dévier complètement, et la lourde lame de la hache s’enfonça dans mon épaule gauche, me faisant tomber sur le dos. La douleur était telle qu’elle m’arracha un cri sauvage, un cri de pure rage. Je ne réfléchissais plus, je ne pouvais accepter la défaite, chaque fibre de mon corps luttait contre cette fatalité. Je projetai mon marteau, d’une manière aveugle, obéissant à un réflexe. L’instant s’après, je vis avec étonnement mon adversaire, couché sur le sol, le flanc gauche meurtri, l’armure défoncée, un ruisseau écarlate s’écoulant de sa poitrine. Mon attaque désespérée avait fracassé sa cage thoracique, provoquant de graves lésions internes. Je me relevai, péniblement, luttant contre la douleur et le vertige, essayant de reprendre mon souffle. Le combat était terminé. Contre toute attente, j’en sortais vainqueur. Je regardai en direction de Hjalnir, qui se leva afin de donner son verdict. Je me détendis, lorsque je le vis lever sa paume en un geste d’approbation. Puis, mon cœur se serra, lorsque, finalement, il l’abaissa, en un geste précis, tranchant et autoritaire. Son verdict était final, et aucune discussion n’était possible. Tel était le pouvoir de cet homme, dont un seul geste pouvait signifier la vie ou la mort. Je n’arrivais pas à croire mes yeux. Je n’arrivais pas à croire qu’une telle chose fut possible. Jorgen était l’un des apprentis les plus brillants et prometteurs, il s’était battu d’une manière exemplaire. Alors, pourquoi ? Je cherchai à croiser le regard de Wyrdmir, mais, pour la première fois depuis notre rencontre, je le vis baisser les yeux. Mon regard volait d’un visage à l’autre, cherchant de l’aide, cherchant un soutien, un moyen d’échapper à l’inévitable. Mais les regards des maitres templiers étaient aussi froids et durs que les pics de glace des montagnes qui entouraient le Temple. Hjalnir me regarda d’un œil sombre, ce n’était pas un homme dont on discutait les décisions. Alors je regardai Jorgen, qui voulut se relever mais échoua. Un filet de sang s’éculait de ses lèvres blêmes. Il tentait de me dire quelque chose. Je m’approchai de lui, et il m’agrippa par le col de mon armure, l’attirant à lui. - Laisse-moi rejoindre le Valhalla, frère. Accorde-moi une mort de guerrier, une mort honorable ! Devant mon hésitation, il ajouta : - De toute façon, ton sort ne sera guère plus enviable au mien ! Je secouai la tête, ne voyant quoi répondre. - Rendez-vous au Valhalla, frère, répondis-je, l’aidant à se relever. Lançant le dernier cri de guerre de sa vie, Jorgen attaqua, brandissant sa hache. Avec un geste précis et rapide, mon marteau le frappa à la tempe, arrachant son casque. Cette fois, mon ami s’effondra, mort sur le coup, pour ne jamais se relever. Je m’agenouillai à coté de son corps inerte, lui fermai les yeux, alors que ma propre vision se brouillait. Alors, levant la tête, le regard aveugle dirigé vers les cieux sombres, je lançai, à mon tour, le Emjdaùth, le cri pour les morts. - ODDDA-A-A-A-A-A-AR ! C’était un cri terrifiant, celui d’un animal blessé, exprimant avec rage toute ma souffrance, ma frustration, mon impuissance devant ce destin que j’avais involontairement choisi. C’était un cri de rage, par lequel je libérais la colère que s’était accumulée en moi depuis huit ans, la colère envers les hommes et même envers les dieux. Un cri de défi, en même temps que de désespoir. Les Templiers restèrent assis, en silence, pendant quelques instants, puis se levèrent et quittèrent la salle, sans un mot. Il n’y avait rien à dire. Chacun d’entre eux savait ce que je ressentais. Je restais assis, en silence, écoutant le requiem que chantait le vent, regardant vaciller les flammes des torches, serrant toujours entre mes bras celui qui fut mon premier frère d’armes, alors que son sang s’écoulait sur mes mains. |
|  | | Thorghon Pionnier

Nombre de messages: 94 Age: 35 Date d'inscription: 02/04/2008
Feuille de personnage Classe: Templier Noir Ethnie: Cimmérien Sexe: Masculin
 | Sujet: Re: Thorghan, fils de la nuit éternelle Sam 26 Avr - 16:05 | |
| Chapitre XII Enchainé au-dessus d’un abime sans fond, frappé par le vent violent et glacial qui soufflait en permanence sur le gouffre, je ne luttais plus. J’attendais la fin, résigné. A travers le blizzard se dessinait une forme vague, fantomatique, à la fois blanche et sombre, qui s’approchait de moi en provenance de l’abime. D’abord, elle prit l’apparence d’un tourbillon. Il se dirigeait vers moi en un hurlement grave, puis se transforma en quelque chose d’impossible à reconnaitre, même si j’ai cru voir pendant un instant un visage de cauchemar se constituer, ou bien était-ce mon imagination ? Pour la dernière fois, je regardai le pale éclat du soleil qui s’apprêtait à mourir derrière les montagnes, pour laisser place à une nouvelle nuit hivernale. Pour la dernière fois, je le saluai mentalement, lui disant non plus au-revoir, mais adieu. Des griffes glacées me frappèrent la poitrine, figeant mon cœur et glaçant mon sang, pendant que le spectre de givre s’emparait de mon esprit agonisant. Tout était fini. Dorénavant, j’appartenais à la nuit. Une nuit qui n’allait jamais finir. * * * Elle m’attendait, toujours au même endroit, malgré le froid qui descendait sur la vallée. Lorsque mon regard croisa le sien, je n’y vis que de l’effroi devant ma transformation. « Nom d’Odar, qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? » Je regrettais presque d’être venu, je ne souhaitais pas qu’elle garde le souvenir de ce que j’étais devenu, mais je lui devais la vérité. Lorsque je commençai à parler, je ne reconnus même pas le son de ma propre voix. Elle n’arrivait pas à y croire. - Pourquoi Thorghi ? Pourquoi ne pas avoir renoncé ? Pourquoi ne pas avoir accepté de s’enfuir avec moi, loin de ces terres de mort ? Peut-être n’est-il pas trop tard ? Je secouai négativement la tête. - Maintes fois, je m’étais imaginé notre vie, si je n’avais pas pris la place de Sigfrid, si j’étais resté dans la tribu… Aurais-je pu te rendre heureuse ? Ne méritais-tu pas mieux que de vivre avec le fils d’un fermier ? Pourquoi ne m’as-tu pas oublié, effacé de ton existence, comme les autres l’ont fait, pour vivre ton bonheur avec celui qui est l’homme de ta vie ? Je lisais de la douleur sur son visage et dans ces yeux, et elle était la dernière personne que je souhaitais faire souffrir. - Mais peu importe de qui tu étais le fils ! Pourquoi devrais-je te repousser, simplement parce que ton père était un homme généreux et qu’il avait refusé d’achever son adversaire sur un champ de bataille ? Je repensai à la mort de Jorgen. Tout cela n’était pas si simple. De toute façon, cela faisait des années que j’avais franchi le point de non-retour. Je voulus toucher son visage, comme autre fois, une dernière fois, chasser les larmes qui coulaient sur ces joues, mais elles gelèrent et se transformèrent en cristaux, tombant dans ma paume. Je reculai, terrifié par mon propre pouvoir. Je n’avais plus rien à faire ici. Je n’allais causer que désespoir et souffrance. - Si jamais ils apprennent que j’ai triomphé du spectre de givre et qu’il ne contrôle pas mon esprit, que dieux vous gardent tous de leur colère. Mon destin était de mourir, et, pour ceux qui m’ont connus, je ne suis plus de ce monde. Je n’avais pas besoin de rajouter un mot de plus. Je pris la couronne de perce-neiges, souvenir du dernier été que nous passâmes ensemble, parfaitement préservé par une pellicule de glace, et le déposai sur la neige, juste à l’ endroit ou nous étions assis, il y avait maintenant huit hivers de cela, lorsque Freya m’offrit la première couronne de fleurs. Là ou tout avait commencé. Thorghan n’était plus, mais je savais qu’il y avait au moins un être au monde qui allait honorer sa mémoire. Je me retournai et partis, disparaissant dans la nuit, silhouette sombre et solitaire dans une étendue de glace et de mort. FIN _________________  |
|  | | | | Thorghan, fils de la nuit éternelle | |
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